Mercredi 10 Mars 2010
Édito

L’âge de départ en retraite, un choix cornélien pour les infirmières

Dans un communiqué commun du 12 février dernier, les syndicats professionnels infirmiers Snics-FSU, Snies-Unsa Education, SNPI CFE-CGC, Snia et CNI1 ont décidé de « la nécessité d'une action de mobilisation afin de faire reconnaître le niveau de qualification et d'exigence de la responsabilité professionnelle de la filière infirmière », le 11 mars 2010. Car malgré la désapprobation de la majorité des syndicats, la réforme concernant les retraites des infirmières hospitalières prendra effet le 1er juin 2010. À partir de cette date, les infirmiers et infirmières ayant obtenu leur diplôme avant 2013, auront six mois pour effectuer un choix difficile entre une retraite anticipée (catégorie A) et une augmentation de salaire (catégorie B). S'ils optent pour cette dernière catégorie, ils bénéficieront d'un salaire plus élevé dès décembre, qui deviendra à terme l'équivalent d’un 13è mois. En contrepartie de cette hausse de salaire, le gouvernement a décidé de supprimer les avantages liés à la “catégorie active”, dispositif qui permettait aux infirmières de partir en retraite à 55 ans, après au moins 15 ans de métier. Quel est l'impact sur les finances publiques ? Dans le cadre de la réforme de leur retraite, « les revalorisations salariales accordées aux infirmières des hôpitaux coûteront cher aux finances publiques. Mais cette dépense sera en partie compensée par les économies réalisées en reculant leur âge de départ en retraite », a indiqué le député UMP Jacques Domergue, qui a présenté devant l'Assemblée nationale un avis de la commission sur la réforme, le 24 février dernier2. Le ministère de la Santé et des Sports espère une adhésion d'au moins 75 % des professionnels. En effet, les économies seront évidemment inférieures si le taux d'adhésion est moindre. Et elles disparaîtront complètement peu après 2030. Selon l'avis de la commission des Affaires sociales, le coût de cette réforme serait de 100 millions d'euros en 2011, « pour atteindre un rythme annuel de 500 millions d'euros en 2015 quand la réforme prendra pleinement effet ». Des économies seront générées pour la caisse de retraite des infirmiers de la fonction publique, la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). Car en reculant l'âge du départ, on augmente le volume des cotisations et on réduit celui des pensions. Cela rapporterait jusqu'à 439 millions d'euros en rythme annuel à l'horizon de 2015. Si l'on tient compte de la progression “naturelle” des rémunérations (ancienneté, promotions), la facture annuelle passe en réalité à 900 millions en vitesse de croisière entre 2020 et 2030. Car le système sera automatique pour les étudiants qui ont commencé leurs études à partir de 2009, ce qui leur vaudra à partir de 2012 d'être en catégorie 
A de la fonction publique hospitalière, la plus élevée, et non plus en catégorie B. Ainsi, la réforme fera faire des économies à la CNRACL, mais la revalorisation pénalisera les comptes de l'Assurance maladie. Et, malgré l'avis majoritaire de leurs syndicats, qui mettent en avant la pénibilité de la fonction et, pour la CGT “une régression du droit du travail”, les infirmiers sont les premiers à “essuyer les plâtres” de cette grande réforme sur les retraites. 

Noémie Legendre 
1 Syndicat national des infirmier(e)s conseiller(e)s de santé, syndicat national des infirmiers(ères) éducateurs (trices) de santé de Unsa éducation, syndicat national des professionnels infirmiers CFE-CGC, syndicat national des infirmiers anesthésistes, Coordination nationale infirmière. 
2 Avis n° 2346. XIII è législature. Assemblée Nationale. 24/02/2010 
www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r2346.asp


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